Et si on retirait le masque ?
“Nous, on est là pour former.” Cette phrase, tu l’as déjà entendue. Peut-être même que tu l’as déjà prononcée. Elle sonne bien. Elle est consensuelle. Elle rassure. Elle donne une image noble du coach. Je dirais qu’elle est tellement lisse qu’elle paraît « presque » éducative.
Mais dans la majorité des cas, elle cache une réalité beaucoup moins glorieuse :
l’incapacité à gagner.
À l’inverse, tu as aussi vu ces équipes qui gagnent tout…Mais, comme bon nombre de médisant dirait « avec 3 pros ou 4, c’est facile » ou encore, « quand on fait son petit marché et que l’on vient prendre les joueuses chez tout le monde… ». Qu’en est-il des autres ? Figurants. Utiles pour l’entraînement, invisibles le week-end.
Alors la question revient, encore et encore : faut-il choisir entre former et gagner ?
C’est devenu un débat central dans le coaching moderne. C’est disons-le : un sujet abordé, raillé, nier et remis sur la table quand un coach gagne tout et que la fille d’un membre de comité ne joue pas assez.
Et pourtant…, c’est un faux débat voire un un débat de comptoir. Pire encore :
C’est un mensonge confortable que beaucoup de coachs utilisent pour justifier leurs limites ou une forme révérencieuse ostensible de camoufler leur incompétence.
Parce que la vérité est beaucoup plus exigeante et beaucoup moins agréable à entendre :
Un bon coach fait les deux. C’est une vocation, un amour sincère du partage de la passion pour le jeu par le partage et l’enseignement de la connaissance.
Le faux débat entre formation et victoire
Pourquoi ce sujet existe-t-il autant ? Parce qu’il simplifie tout. Il crée deux camps : les “bons éducateurs” et les “compétiteurs obsédés par la victoire”
Et en cela chacun peut facilement se donner bonne conscience : Tu perds tous tes matchs ? Pas grave, tu “formes”. Tu gagnes en écrasant tout le monde ? Pas grave, tu “performes”.
Dans les deux cas, tu évites la vraie question : est-ce que tu fais bien ton travail ?
Ce débat est entretenu par : des coachs qui veulent protéger leur image, des clubs qui évitent les conflits, des parents qui ne comprennent pas toujours les enjeux, et parfois même des dirigeants qui manquent de vision.
En conséquence, on accepte des standards médiocres.
On tolère :
- des équipes qui ne progressent pas
- des joueurs qui stagnent
- des joueurs qui abandonnent ce sport
- des coachs qui ne se remettent jamais en question
- des coachs qui sont recyclés
Tout ça au nom d’une idée confortable : on ne peut pas tout avoir. C’est faux. Et ceux qui le savent… sont souvent ceux qui gagnent. Ceux-là même qu’on aime détester.
La formation sans exigence : l’alibi des coachs qui perdent
C’est probablement la dérive la plus répandue. Le coach qui dit : “Le score, ce n’est pas important.”
En théorie, c’est vrai, du moins jusqu’en U10. Mais dans la réalité ? C’est souvent une excuse.
Parce que derrière ce discours, on retrouve toujours les mêmes symptômes :
- pas d’intensité à l’entraînement
- peu de structure ou de pas de préparation
- aucune exigence défensive
- des erreurs répétées, jamais corrigées
- manque d’identité et/ou de culture
- aucun projet à moyen terme encore moins à long terme
Et enfin aucune responsabilité.
Les joueurs ratent ? Ce n’est pas grave. Ils ne défendent pas ? Ce n’est pas grave.
Ils ne progressent pas ? Ce n’est pas grave. On appelle ça de la “bienveillance”.
Mais soyons clairs :
Ce n’est pas de la formation. C’est de l’abandon et dans certains cas de la complaisance envers l’entourage du joueur.
Former un joueur, ce n’est pas le laisser faire. C’est le confronter à une réalité exigeante.
C’est lui apprendre :
- à gérer la pression
- à corriger ses erreurs
- à s’adapter
- à répondre à un cadre
- à apprendre et respecter les valeurs du sport
- à connaitre son rôle
- à accepter ses limites
- à échanger
Et surtout : à mériter sa place.
Un joueur qui ne joue jamais sous contrainte ne progresse pas. Un joueur qui n’est jamais challengé ne se développe pas. La compétition n’est pas un problème, elle est l’outil de formation, l’indicateur de la compréhension, le métronome de la relation entraineur/entrainée. Refuser ça, c’est refuser la réalité du sport.
Gagner sans former : la dérive court-termiste
À l’opposé, il y a l’autre extrême : le coach qui veut gagner. À tout prix.
Et là aussi, le discours est facile : “Le sport, c’est la compétition, ce qui m’importe c’est gagner peu importe ce qu’il en coûte”. Exact ou pas. Mais ce que certains oublient volontairement, c’est que : le coaching, ce n’est pas juste des points.
Dans ces équipes, on retrouve souvent une rotation de 6 à 7 joueurs avec du temps de jeu, un système ultra rigide, une dépendance à 1, 2 voir 3 pros qui jouent 39min58sec : une gestion court-termiste.
En conséquences, l’équipe gagne… ponctuellement et à condition d’avoir les bons pros…mais stagne sur le long terme et surtout, détruit une partie de son potentiel car les locaux dits les joueurs “secondaires” ne prennent pas d’expérience, perdent confiance, finissent par décrocher.
Et qu’en est-il le jour où les pros partent ? Tout s’effondre et on est parti pour répéter le schéma mais faut-il encore avoir réussi son dernier coup.
Ce type de coaching est efficace (avec le coach compétent)…, mais fragile. En effet, il ne construit rien.
Gagner sans former, c’est comme construire une maison sans fondations.
Ça tient… jusqu’au premier choc.
Ce que font vraiment les bons coachs
Maintenant, parlons de ceux qui dérangent vraiment.
Les coachs qui font progresser leurs joueurs ET gagnent. Ceux-là ne participent pas au débat.
Pourquoi ?
Parce qu’ils ont compris une chose essentielle : la progression individuelle et la performance collective sont liées.
Concrètement, ça donne quoi ?
1. Une exigence constante
Pas de compromis (les non-négociables) sur :
- l’intensité
- la concentration
- la discipline
Chaque séance a un objectif. Chaque erreur est corrigée. Tout est mesuré.
2. Un cadre clair
Les joueurs savent (les négociables):
- ce qui est attendu
- pourquoi ils jouent
- comment ils peuvent progresser
Il n’y a pas de flou. Pas d’improvisation. Chacun a son impact.
3. Une gestion intelligente du temps de jeu
Le temps de jeu est à mériter. Son rôle est connue. Chacun au service de l’Equipe.
4. Une connexion entre entraînement et match
Ce qui est travaillé… se retrouve en match, pas de contradiction, pas de double discours.
5. Une culture de la responsabilité
Pas de poule sans tête qui courent à tu-tête, les joueurs sont acteurs/compositeurs. Ils comprennent que leurs choix ont des conséquences, que leurs efforts influencent leur progression Et ça change tout.
Former ET gagner : la seule voie viable
Voici la réalité que beaucoup refusent d’accepter : on ne forme pas malgré la compétition. On forme grâce à elle. La victoire n’est pas l’ennemi de la formation.
Elle en est la conséquence, le révélateur, le moteur, la récompense et la mise en garde.
Gagner impose de la rigueur, de la cohérence et de l’exigence. Exactement ce dont un joueur a besoin pour progresser.
À l’inverse, la formation nourrit la performance de part de meilleurs fondamentaux, une meilleure lecture du jeu et une meilleure prise de décision.
Les deux sont indissociables. Les séparer est une erreur. Les opposer est une faute.
Le vrai problème : le manque de courage dans le coaching
Alors pourquoi ce faux débat existe encore ? Parce que la vérité est inconfortable.
Faire les deux demande plus de travail, plus de compétence, plus de lucidité mais surtout…, plus de courage.
Le courage de :
- faire des choix impopulaires
- sortir un joueur
- en responsabiliser un autre
- accepter de perdre… pour mieux gagner après
- avoir des convictions
Le courage permet aussi de se remettre en question parce qu’au fond, la vraie question n’est pas : “Faut-il former ou gagner ?” Mais plutôt : “Suis-je capable de faire les deux ?”
Et ça, tout le monde n’est pas prêt à l’assumer.
Arrêtons de nous raconter des histoires
Le débat “former vs gagner” est séduisant. Simple. Confortable. Mais il est faux.
Et tant qu’on continuera à y croire :
- nos joueurs ne progresseront pas
- nos équipes plafonneront
- et des coachs resteront dans leur zone de confort pendant que d’autres n’auront jamais leur chance.
La réalité est plus exigeante : Former, c’est préparer à gagner. Et Gagner, c’est valider la formation. Les deux sont indissociables.
Si tu es coach et que tu te reconnais dans ces lignes, pose-toi la vraie question :
Es-tu en train de développer tes joueurs… ou de justifier tes résultats ?
Et si tu veux passer un cap :
- structurer ton coaching
- allier exigence et progression
- construire une vraie culture de performance
Alors il est peut-être temps de changer d’approche.
Parce que dans ce métier, au final :
